Blog
Habitudes de Noël controversées en Espagne
La saison de Noël se célèbre différemment dans chaque pays, et chacun a ses propres coutumes. L'Espagne ne fait pas exception.
La période de Noël est l'un de ces moments où vivre dans un pays étranger peut devenir assez compliqué : chaque pays a sa façon de la célébrer et ses propres coutumes. L'Espagne ne fait pas exception. Mais il faut admettre que certaines de ces traditions sont « problématiques ». Laissez-nous expliquer ce que nous voulons dire : il y a des traditions qui ne sont même pas claires pour nous‑mêmes, donc si vous êtes témoin d'une des scènes que nous allons décrire, soyez assuré que les personnes autour de vous en seront aussi perplexes que vous.
- Quand commence Noël en Espagne ? Vous avez peut‑être été pris au dépourvu en vous promenant dans les rues au milieu de novembre et en remarquant des illuminations de Noël déjà accrochées aux arbres (heureusement encore éteintes), et en trouvant des gâteaux et autres produits de Noël dans les supermarchés. Non, ce n'est pas parce que les Espagnols commencent l'Avent un mois à l'avance : ça a toujours été ainsi, même si nous ne savons pas vraiment pourquoi. Faut‑il être vraiment bien préparé à l'arrivée de Noël ? Est‑ce l'industrie qui souhaite nous pousser certains de leurs produits pour que nous ne résistions pas à la tentation et finissions par manger plus de sucreries que d'habitude ? Il n'y a pas de réponse rationnelle, mais il existe une plaisanterie récurrente selon laquelle un de ces jours nous tomberons sur Noël au mois d'août !
- Pourquoi y a‑t‑il toujours des fruits de mer au menu de Noël ? De façon incompréhensible, la plupart des tables de Noël, même dans des régions éloignées de la côte, proposent des crevettes, des langoustines, du crabe... Le réveillon peut être un véritable cauchemar si vous êtes allergique aux crustacés. Mais pourquoi cette règle tacite ? On dit généralement que la tradition remonte à l'après‑guerre (après la guerre civile), lorsque l'on se faisait plaisir et achetait les produits les plus chers disponibles, puisque l'occasion spéciale devait être célébrée en grande pompe. De nos jours, bien que les fruits de mer restent relativement coûteux, nous pouvons nous les offrir plus souvent qu'alors, mais les vieilles habitudes ont la vie dure.
- Les parents (et, récemment, les oncles aussi) ont bien du mal avec les cadeaux de Noël pour les enfants : traditionnellement, en Espagne, ce sont toujours les Rois mages qui apportent les cadeaux. Où est le problème ? Ils le font le soir du 6 janvier, quelques jours avant la rentrée scolaire. Nombre de parents ont opté pour le Père Noël, qui apporte ses cadeaux la veille de Noël, afin que leurs enfants puissent profiter des cadeaux pendant les fêtes... Mais alors, qu'en est‑il de la soirée du 5 janvier, lorsque toutes les chaînes diffusent la cabalgata et que les grands‑parents parlent encore de Melchior, Gaspard et Balthazar ? La solution la plus courante consiste à offrir un petit présent le jour des Rois.
- Est‑ce que quelqu'un aime vraiment les « peladillas » (dragées) ? Traditionnellement, en Espagne, on laisse un grand plat rempli de peladillas et d'autres douceurs de Noël la veille de Noël et la Saint‑Sylvestre pour que les invités en prennent à volonté. Le plus drôle, c'est qu'au final, il ne reste qu'une ribambelle de petits cailloux blancs solitaires : ce ne sont pas des décorations, mais des peladillas. Il s'agit simplement d'une amande recouverte d'une coque dure de sucre. Autrement dit, ce sont des sucreries destinées à être mangées, mais personne n'en veut, peut‑être parce qu'elles sont si dures. Mais si personne ne les mange, pourquoi tout le monde continue‑t‑il à en acheter et à les mettre dans le bol de friandises ? Personne ne le sait vraiment, mais si vous les laissez assez longtemps, il y a toujours quelqu'un qui finit par les prendre... malheureusement, toutefois, uniquement en dernier recours.
- La personne qui reçoit la surprise doit‑elle payer le roscón de reyes, ou pas ? Comme vous le savez, le roscón de reyes est un gâteau de Noël en forme d'anneau qui fait partie de toute table de Noël espagnole sans faute (vous pouvez trouver une recette de ce délicieux dessert ici). Selon la tradition, il doit y avoir une petite surprise dans le roscón, qui tombera par pure chance dans l'assiette de l'un des convives. Eh bien, il y a aussi une controverse à ce sujet, puisque certaines personnes pensent que le « chanceux » qui obtient la surprise devrait aussi être celui qui paie le gâteau. D'autres, en revanche, croient que la surprise est un signe de bonne fortune. Que faire alors ? Récemment, un compromis a été trouvé : inclure une figurine et un haricot sec dans la pâte. Et celui qui trouve le haricot paie le gâteau.
- Pourquoi mangeons‑nous des raisins pour porter chance et confondons‑nous ensuite les quatre coups de l'horloge avec les coups de l'heure ? Une des traditions les plus curieuses en Espagne à la fin de l'année concerne les raisins porte‑bonheur : pratiquement chaque famille du pays est rivée à la télévision en attendant les coups de l'horloge de la Puerta del Sol à Madrid lorsqu'il sonne minuit, afin d'avaler un raisin au rythme des coups de cloche. Mais il y a toujours un problème : la fameuse horloge est ancienne et annonce aussi l'heure avec quatre coups additionnels. Toutes les quinze minutes, quatre nouveaux coups, différents de tonalité de ceux qui marquent l'heure, indiquent la progression vers l'heure pleine. Inutile de dire que les quatre cloches sonnent aussi juste avant les douze coups de minuit... ainsi, beaucoup de gens commencent à manger leurs raisins en avance. Le problème est si répandu qu'il a même affecté des reportages de certains journalistes qui retransmettent l'événement. Comment nous pouvons encore commettre la même erreur après 114 ans de célébration est, franchement, au‑dessus de notre compréhension.
- Comment conjurer la bonne fortune pendant la Saint‑Sylvestre ? Si les raisins ne suffisent pas, il existe d'autres façons, moins institutionnalisées, d'attirer la chance la nuit du Nouvel An en Espagne : glisser une bague ou un bijou en or dans le verre de cava avec lequel on fait le premier toast de l'année ; poser son pied droit sur un morceau de papier où plusieurs vœux ont été écrits au préalable, puis brûler ce papier ; ou porter des sous‑vêtements rouges cette nuit‑là. Personne ne sait vraiment comment ces traditions sont nées, ni si elles sont réellement efficaces, bien que vous puissiez être certain que si vous commencez l'année sans vous étouffer avec les raisins ou une bague et sans avoir montré la couleur de vos sous‑vêtements, vous avez été plutôt chanceux !
Comme vous l'avez peut‑être remarqué, Noël en Espagne est rempli de codes non écrits qui n'ont absolument aucune explication. Certaines d'entre elles pourraient perdurer encore des années (la plupart d'entre nous espèrent que ce sera celle du sous‑vêtement rouge !), mais le fait demeure que, vues de l'extérieur, ces étranges habitudes ajoutent aussi un peu de plaisir aux festivités.